« Bilokos » : Quand l’Europe jette, la RDC achète

 

Acheter les poubelles de l’Occident sous prétexte de débrouille : la capitale congolaise est devenue le dépotoir à ciel ouvert des objets usagés de l’Europe. Il est temps que le gouvernement mette fin à cette humiliation nationale.

La capitale du beau transformée en décharge publique

Kinshasa la belle, jadis enviée pour son élégance, sa musique et son sens inné du raffinement, s’enfonce chaque jour un peu plus dans une spirale d’inféodation commerciale grotesque. Il ne s'agit plus seulement de la friperie classique — ce commerce de vêtements de seconde main déjà discutable mais hélas ancré dans les habitudes —, nous assistons aujourd'hui à un phénomène bien plus grave, absurde et profondément humiliant : l'invasion des « bilokos ».

En lingala, le terme désignait autrefois de simples petits objets ou effets personnels. Aujourd'hui, il sert de cache-sexe à l'importation massive et désordonnée d'articles récupérés dans les déchetteries, les trottoirs et les vides-greniers d'Europe. Des tasses ébréchées, des assiettes dépareillées, des fers à repasser hors d'usage, des matelas tachés et affaissés, jusqu’aux appareils électroniques obsolètes... Tout ce dont l'Occident se débarrasse pour dépoussiérer ses greniers trouve preneur et étalage sur nos avenues. Quelle tragique ironie pour un pays d'une telle richesse !

L'étalage de la honte : l'intime étalé sur le bitume

Parcourez n'importe quelle artère de Kinshasa, du rond-point Ngaba à Victoire, en passant par les avenues du centre-ville. Le spectacle est effarant. Sur des bâches en plastique posées à même la poussière ou la boue, des sous-vêtements usagés — soutien-gorge jaunis, caleçons pour hommes et femmes portant les stigmates d'une première vie à des milliers de kilomètres de là — sont proposés aux passants.

Comment avons-nous pu accepter de transformer l'intimité de notre peuple en marchandise de seconde zone ? Voir des pères et mères de famille marchander des sous-vêtements déjà portés par des inconnus d'outre-mer n'est pas seulement une question de santé publique ou d'hygiène élémentaire ; c'est une atteinte directe à la dignité nationale. Ce commerce n'honore ni celui qui vend, ni celui qui achète, et encore moins l'État qui le tolère.

Le piège d'une illusion économique

Les défenseurs de ce marché informel invoquent souvent la pauvreté et le faible pouvoir d'achat pour justifier l'existence des bilokos. C'est un calcul d'une courte vue navrante. En inondant le marché national de déchets à bas prix, nous asphyxions toute tentative d'émergence d'une industrie locale. Comment un artisan ou un petit fabricant textile congolais peut-il rivaliser avec des vêtements ramassés gratuitement ou achetés au kilo en Europe ?

En acceptant ces importations sauvages, nous entretenons un cercle vicieux : nous tuons la production nationale, nous détruisons la création d'emplois durables pour notre jeunesse et nous conditionnons l'esprit du citoyen à l'idée fausse que tout ce qui vient de l'extérieur, même hors d'usage, vaut mieux que ce qui est produit chez nous. Ce n'est plus du commerce, c'est de la servitude volontaire.

L'heure des choix : le gouvernement face à ses responsabilités

Face à ce désastre esthétique, sanitaire et moral, le gouvernement de la République Démocratique du Congo ne peut plus se réfugier dans le silence ou l'indifférence. L'État a le devoir régalien de protéger sa population et de préserver l'image du pays.

Il est désormais urgent d'adopter des mesures drastiques en interdisant purement et simplement l'importation d'objets ménagers usagés et de sous-vêtements de seconde main. Les autorités doivent renforcer sans délai les contrôles douaniers aux portes d'entrée du territoire pour bloquer l'accès aux conteneurs de ces rebuts occidentaux. En parallèle, une politique volontariste de soutien à l'artisanat et à la production locale s'impose pour offrir aux Congolais des alternatives dignes, neuves et abordables.

Retrouver la fierté du Grand Congo

Un grand peuple ne se construit pas avec les restes des autres. La RDC possède le potentiel, le talent et les ressources nécessaires pour fabriquer ses propres ustensiles, meubler ses maisons et habiller sa population avec élégance et respect.  Le gouvernement doit agir maintenant. Stopper le commerce des bilokos, ce n'est pas priver les plus démunis de ressources : c'est leur rendre leur dignité et rappeler au monde que le Congo n'est pas la poubelle de l'Europe.■

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