Quand Jean-Claude Masangu abdique sa dignité au sommet de l'État
(Source: businesseco.cd)
Avoir du savoir-faire et une
haute intelligence technique ne sert à rien si l'on manque du courage moral le
plus élémentaire : celui de dire non. L'aveu de l'ancien gouverneur de la
Banque centrale du Congo, repensant à l'époque où il avait vidé les coffres de
l'État sous la pression politique, illustre la faillite éthique d'une élite
dirigeante qui préfère accompagner le naufrage plutôt que de démissionner.
Des
chiffres alarmants au service de la résignation
Lors d'un échange public, l'ancien
patron de la Banque centrale du Congo a dressé un bilan sans concession de sa
gestion. Sous le régime de Laurent-Désiré Kabila, l'institution n'avait
d'indépendance que le nom, la présidence fixant directement le taux de change.
Pour soutenir artificiellement la Gécamines et payer ses agents au taux
officiel alors que le marché noir affichait un écart astronomique de 350 %, le
gouverneur a pris la décision d'injecter massivement des liquidités.
Le résultat fut catastrophique :
l'institution s'est retrouvée amputée de près de 60 % de ses réserves de
change. L'ancien gouverneur confie aujourd'hui que cet épisode lui a fait très
mal. Pourtant, cette souffrance morale n'a été suivie d'aucun acte politique
fort. Financer directement les déficits de l'État par la planche à billets a
entretenu une hyperinflation historique qui a dévalorisé le franc congolais et
ruiné le pouvoir d'achat des ménages.
La
culture du siège contre le sens de l'honneur
Pourquoi un technocrate chevronné
accepte-t-il d'exécuter des directives qu'il sait économiquement suicidaires ?
La réponse réside dans une maladie chronique de la classe politique congolaise
: le refus de la démission. Dans les grandes démocraties, un haut fonctionnaire
qui constate une incompatibilité majeure entre ses principes, la loi et les
ordres reçus rend son tablier pour préserver son honneur.
En RDC, la démission est perçue
comme une hérésie ou une perte de privilèges. Nos décideurs préfèrent négocier
avec leur conscience, qualifiant leur autonomie de moitié-moitié sous Joseph Kabila,
plutôt que de marquer une rupture fondamentale. Dire qu'on a agi la mort dans
le cœur ne dédouane personne de sa responsabilité historique dans la
fragilisation des institutions.
Reconstruire une culture du courage public
Pour que la Banque centrale demeure
complètement indépendante aujourd'hui et ne redevienne plus le guichet
automatique des gouvernants, la RDC doit renouveler sa culture du leadership.
L'indépendance d'une institution ne dépend pas seulement des textes de loi,
elle repose sur l'intégrité des hommes et des femmes qui la dirigent.
Le véritable savoir-faire ne
consiste pas à gérer l'impasse avec résignation, mais à refuser d'y engager le
pays. Tant que nos élites placeront la conservation de leur fauteuil au-dessus
de leur dignité professionnelle, les réformes structurelles resteront à la
merci du moindre coup de force politique.
La confession de l'ancien gouverneur
doit servir de leçon aux générations futures de technocrates et de dirigeants
congolais. L'intelligence sans courage moral n'est qu'une compétence gâchée au
service de l'arbitraire. Il est temps d'instaurer une éthique de responsabilité
où savoir dire non et poser sa démission devient la marque suprême du
patriotisme et de la dignité.■

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