« Je ne veux plus voir ça ! » : quand la colère de Tshisekedi expose les failles de gouvernance autour du pouvoir

    (Source de la photo: Presidence de la RDC)

Une phrase qui a résonné bien au-delà du marché Zando

« Je ne veux plus voir ça ! » Cette phrase prononcée avec colère par le président Félix-Antoine Tshisekedi lors de sa visite au grand marché de Kinshasa, communément appelé Zando, a rapidement fait le tour des réseaux sociaux et des médias. Mais au-delà de l’émotion du moment, cette sortie présidentielle révèle surtout un malaise bien plus profond : le manque de sérieux, de discipline, d’éthique et, parfois même, de professionnalisme de certains responsables qui entourent le chef de l’État.

Le président semblait visiblement irrité par l’état de certaines installations et par des dysfonctionnements qui, manifestement, n’auraient jamais dû exister dans un projet présenté comme une vitrine de modernisation de la capitale congolaise. Cette réaction traduit également une frustration politique face à des collaborateurs qui peinent souvent à traduire les ambitions présidentielles en résultats visibles et durables.

Le problème n’est pas seulement le marché Zando

Le véritable problème dépasse largement les murs du marché Zando. Cette scène symbolise une réalité devenue fréquente dans plusieurs secteurs de la gouvernance congolaise : projets mal exécutés, absence de suivi rigoureux, improvisation administrative, lenteurs bureaucratiques et manque de redevabilité.

Très souvent, les autorités annoncent de grands projets avec enthousiasme, mais la phase d’exécution révèle des défaillances inquiétantes. Les infrastructures sont parfois livrées sans contrôle de qualité suffisant, certains responsables cherchent davantage à impressionner politiquement qu’à garantir des résultats durables, et la culture du travail bien fait semble progressivement céder la place à la culture de l’apparence.

Le président Tshisekedi lui-même semble de plus en plus confronté à cette réalité. Derrière les cérémonies officielles, les discours et les inaugurations, les Congolais attendent surtout des résultats concrets dans leur vie quotidienne : des routes praticables, des marchés organisés, des hôpitaux fonctionnels, de l’eau, de l’électricité et des emplois.

Le déficit de professionnalisme fragilise l’action publique

L’une des grandes faiblesses de nombreux systèmes publics africains reste le déficit de professionnalisme dans la gestion des affaires publiques. Trop souvent, certaines nominations obéissent davantage à des équilibres politiques, familiaux ou communautaires qu’à la compétence et à l’expérience.

Résultat : des projets mal coordonnés, des fonds parfois gaspillés et une administration qui peine à répondre efficacement aux attentes de la population. Dans certains cas, les responsables semblent davantage préoccupés par leur visibilité médiatique, leurs intérêts personnels ou leur proximité avec le pouvoir que par la qualité du service rendu aux citoyens.

Or, gouverner un pays moderne exige de la rigueur, de la discipline et une véritable culture de résultats. Les populations ne jugent pas un pouvoir sur les promesses, mais sur l’impact concret des politiques publiques.

Tshisekedi face au piège de son propre entourage

Comme beaucoup de dirigeants africains avant lui, Félix Tshisekedi risque aujourd’hui d’être politiquement fragilisé non seulement par l’opposition, mais aussi par les insuffisances de certains hommes qui composent son système de gouvernance.

L’histoire politique africaine montre que plusieurs chefs d’État ont souvent été victimes de la mauvaise qualité de leur entourage. Lorsque les conseillers, ministres, directeurs ou gestionnaires publics manquent de compétence ou de sens de responsabilité, c’est l’image même du président qui finit par être affectée.

La colère exprimée à Zando ressemble ainsi à un message d’avertissement lancé à son propre camp : le temps de l’improvisation et du laisser-aller devrait normalement toucher à sa fin.

Restaurer la culture de l’excellence dans la gestion publique

La RDC a aujourd’hui besoin d’une véritable révolution de la gouvernance publique. Le pays ne manque ni de ressources, ni de talents, ni de potentiel humain. Ce qui fait souvent défaut, c’est la capacité à instaurer une culture de discipline, d’efficacité, de mérite et de responsabilité dans la gestion de l’État.

Les grands projets publics devraient être suivis par des mécanismes stricts d’évaluation, de contrôle de qualité et de redevabilité. Les responsables incapables de produire des résultats devraient être sanctionnés, tandis que les compétences sérieuses devraient être davantage valorisées.

Une colère présidentielle qui traduit aussi l’impatience des Congolais

Au fond, la phrase « Je ne veux plus voir ça ! » ne traduit pas seulement la colère d’un président ; elle reflète aussi l’exaspération silencieuse de millions de Congolais fatigués des promesses non tenues, des projets inachevés et des dysfonctionnements permanents.

Les Congolais ne demandent pas de miracles. Ils demandent simplement un État qui fonctionne, des dirigeants responsables et une gouvernance capable de transformer les richesses du pays en amélioration concrète des conditions de vie.

Car au final, le véritable défi de Félix Tshisekedi ne sera peut-être pas seulement de convaincre ses adversaires politiques, mais surtout de réussir à imposer autour de lui une culture de compétence, de sérieux et de résultats. Et c’est probablement là que se jouera une grande partie de son héritage politique.■

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