Le Nil : patrimoine commun ou monopole historique ? L’Afrique à l’épreuve du partage de l’eau
Quand Le Caire remet le Nil au cœur du débat africain
En recevant son homologue congolais, Félix-Antoine Tshisekedi, le 10 juin
2026 au Caire, le Président égyptien Abdel Fattah el-Sisi a longuement insisté
sur une question qui touche au cœur même de la sécurité nationale égyptienne :
la gestion des eaux du Nil. Pour l’Égypte, qui dépend du fleuve pour près de 98
% de ses ressources en eau, le Nil est une question de survie. Mais pour les
pays d’amont, il représente aussi un droit légitime au développement.
Derrière les discours diplomatiques se cache une réalité plus complexe :
peut-on encore, au XXIe siècle, gérer le Nil selon des accords hérités de
l’époque coloniale ?
Le CFA : la révolte des pays d’amont
Ce traité historique rompt avec les accords de 1929 et de 1959 qui
accordaient à l’Égypte un droit de veto et la plus grande part des eaux du
fleuve. Il repose désormais sur des principes modernes : utilisation équitable
et raisonnable des ressources, prévention des dommages significatifs,
développement durable et gestion concertée à travers une future Commission du
Bassin du Nil.
Pour l’Éthiopie, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et le Soudan
du Sud, le CFA représente une victoire du droit au développement. Pour Le Caire
et Khartoum, il constitue une menace pour leur sécurité hydrique.
Vers une gestion intégrée plutôt qu’une logique d’appropriation
La véritable question n'est plus de savoir qui possède le Nil, mais comment
ses bénéfices peuvent être partagés. L'approche de Gestion Intégrée des
Ressources en Eau (GIRE) propose justement une voie médiane : coopération
scientifique, échange de données, planification commune, protection des
écosystèmes et partage des avantages issus de l’agriculture, de l’énergie, de
la navigation et du commerce régional.
Souvent absente du débat, la RDC joue pourtant un rôle majeur en matière d'environnement. Les forêts du bassin du Congo alimentent, par recyclage atmosphérique de l'humidité, les précipitations qui nourrissent les Grands Lacs et les sources du Nil. Préserver le bassin du Congo, c'est aussi contribuer à la sécurité hydrique du Nil.
Le Nil ne peut plus être l’otage des peurs, des privilèges historiques ou
des rivalités géopolitiques. La sécurité hydrique de l’Égypte mérite d’être
protégée, tout comme le droit des pays d’amont à utiliser leurs ressources pour
nourrir leurs populations, produire de l’électricité et accélérer leur
développement.
L’avenir du bassin du Nil se jouera dans la solidarité plutôt que dans la
confrontation. Face au changement climatique et à l’explosion des besoins en
eau, aucun pays ne pourra réussir seul. Le Nil, berceau des grandes
civilisations africaines, peut devenir le symbole d’une Afrique capable de
transformer une ressource partagée en moteur de paix, de prospérité et
d’intégration régionale. Le véritable défi n’est pas de contrôler le fleuve,
mais d’apprendre enfin à le gouverner ensemble. ■
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