Si la CENCO et l'AFC/M23 sont le dernier espoir de la démocratie, la RD Congo est en danger
[Mgr Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi et président de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), flanqué de M. Corneille Nangaa de l’AFC/M23 à Goma]
Quand l'autel de l'Église et les armes de la rébellion s'unissent contre les institutions légitimes, c’est l'avenir même de la nation congolaise qui vacille.
En démocratie, il existe un principe fondamental et universel, une ligne rouge qu'aucun acteur politique ou civil ne peut franchir sans s'exclure du pacte républicain : on ne prend pas les armes pour s'opposer à un gouvernement légalement établi. C'est pourtant ce spectacle désolant et profondément subversif auquel le peuple congolais assiste aujourd'hui.
Alors que le mandat du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, suit son cours constitutionnel régulier pour s'achever en décembre 2028, une alliance contre-nature et grotesque émerge de l’ombre. Une alliance qui prétend incarner le salut du peuple, mais qui ne porte en elle que les germes de la trahison et du chaos.
Une étrange bénédiction dans le Kivu
Le paroxysme de l'indignation a été atteint le 25 juillet dernier à Goma. Les images, choquantes et outrageantes, resteront gravées comme une tache indélébile dans l’histoire contemporaine de notre pays : Monseigneur Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi et président de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), flanqué de Mgr Willy Ngumbi, évêque du diocèse de Goma, et de Mgr Léonard Kakudji, évêque de Kamina, en train de bénir publiquement Corneille Nangaa.
Oui, l'Église catholique congolaise a accordé sa bénédiction spirituelle au coordinateur de l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), un mouvement terroriste et rebelle qui sème la mort, le viol, le pillage et la désolation dans l'est de la République démocratique du Congo. Cet acte pose une question vertigineuse sur la dérive morale d'une hiérarchie ecclésiastique prête à pactiser avec le diable pour des dividendes politiques.
De la contestation électorale aux accointances avec Kigali
Ce positionnement ultra-politisé de la CENCO n'est pas une nouveauté, mais plutôt l'aboutissement d'une stratégie de contestation permanente. On se souvient de son soutien indéfectible et ostentatoire à Martin Fayulu Madidi, leader de la Coalition Lamuka, dont les lieutenants clament haut et fort, sans relâche, posséder les « preuves » d'une victoire à la présidentielle de 2018. Cette nostalgie d'un pouvoir manqué a transformé l’épiscopat en un parti d'opposition de fait, sautant sur la moindre opportunité politique pour diaboliser et bloquer chaque initiative du président Tshisekedi.
Plus grave encore, cette dérive a franchi les frontières
nationales pour se compromettre avec l'agresseur. En février 2025, des membres
éminents de la CENCO se sont affichés publiquement à Kigali aux côtés du
président rwandais Paul Kagame, sous le prétexte fallacieux de chercher des
voies et moyens pour résoudre la crise sécuritaire à l'est. Le masque est
définitivement tombé lorsqu’un des prélats, s'exprimant ouvertement devant les
caméras de la presse internationale, s'est anté sans vergogne du fait que Paul
Kagame avait personnellement financé les missions de « bons offices » de la
CENCO en Europe. Comment l'institution spirituelle la plus influente du Congo
peut-elle accepter l'argent de celui dont l'armée torture son propre troupeau ?
Indignation sélective et double jeu constitutionnel
C’est cette même CENCO qui, curieusement, brille par un mutisme complice lorsqu'il s'agit de nommer et de condamner explicitement le Rwanda pour son agression militaire directe en RDC. Malgré les rapports accablants des experts des Nations Unies démontrant l’implication massive et criminelle de Kigali, l'Église ferme les yeux sur les massacres, les violations massives des droits humains et le pillage systématique de nos minerais par les troupes rwandaises.
En revanche, elle retrouve instantanément sa voix pour s'opposer au débat actuel sur la modification de la Constitution, agitant cyniquement le « risque de balkanisation » pour paralyser l’État. Pourtant, lors d'une rare conférence de presse en mai 2026, le président Tshisekedi a clarifié sa position avec franchise : « Je n'ai pas cherché un troisième mandat, mais je vous dis ceci : si le peuple veut que j'aie un troisième mandat, j'accepterai. » En démocratie, n'est-ce pas le peuple qui souverainement décide ?
L'ombre de Joseph Kabila et le reniement républicain
Face à cette trahison, la voix de la résistance républicaine s'élève. Jean-Pierre Bemba, actuel Vice-Premier ministre chargé des Transports et Voies de communication, rappelait avec force la clarté des enjeux actuels : « La chance que nous avons aujourd’hui c’est d’avoir ce président, Félix Tshisekedi, parce qu’il est celui qui s’est levé contre le Rwanda. » Cette posture patriotique contraste violemment avec l’attitude de l'ancien président Joseph Kabila. Avant de quitter le pouvoir, ce dernier avait patiemment verrouillé un écosystème institutionnel — Parlement, Sénat, appareil sécuritaire — minutieusement conçu pour planter le décor d’un retour rapide aux affaires.
Aujourd’hui, après avoir régné plus de 18 ans sur la RDC, Joseph Kabila s'affiche au grand jour avec la rébellion de l’AFC/M23. En avril 2026, Paul Kagame lui-même vendait la mèche en déclarant que le M23 n’était plus un simple mouvement rwandais, mais une dynamique congolaise élargie à l'AFC, à laquelle l'ancien chef de l’État est désormais formellement associé. Les faits sont là, têtus et révoltants : Lambert Mende, autrefois fidèle parmi les fidèles de Kabila, a exprimé sa totale stupéfaction et sa colère en voyant son ancien patron circuler librement à Goma, zone sous occupation rwandaise, avec une sécurité entièrement assurée par des éléments en uniforme de l'armée rwandaise. Face à cette forfaiture, Lambert Mende a courageusement dénoncé « la complaisance de l’ancien président Joseph Kabila à l’égard de l’agresseur rwandais et de ses supplétifs du M23. »
Le détournement cynique de l'article 64
Le comble du cynisme réside dans le fait que Joseph Kabila, Corneille Nangaa et la CENCO se liguent aujourd’hui pour défendre l’intangibilité de la Constitution de 2006. Quelle hypocrisie ! Cette même Constitution dispose pourtant, en son article 64, qu'il est du devoir sacré de tout Congolais de s'opposer fermement à toute prise de pouvoir par la force.
En bénissant des rebelles en armes et en complotant avec des puissances étrangères pour déstabiliser les institutions de Kinshasa, ces acteurs violent l'esprit et la lettre de la loi fondamentale qu'ils prétendent protéger. Ils ne défendent pas la démocratie ; ils tentent d'achever la République.
L'heure est à la prise de conscience nationale. On ne bâtit pas un État de droit avec des goupillons sacrés qui bénissent des kalachnikovs, ni avec des anciens dirigeants qui troquent leur statut de sénateur à vie contre celui de chef de guerre sous protectorat étranger. If CENCO and AFC/M23 are democracy’s last hope for the DR Congo, then we are in trouble.■


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