Dialogue national en RDC : L’illusoire quête de paix de Matata Ponyo

 


Invité sur TV5 Monde, l’ancien Premier ministre congolais Augustin Matata Ponyo tente d’imposer sa vision d’un dialogue politique face au pouvoir de Félix-Antoine Tshisekedi. Entre exigences démesurées et calculs politiques, sa posture interroge sur sa véritable volonté de sortir la RDC de la crise.

Une inclusivité poussée jusqu’à l’absurde

Pour Augustin Matata Ponyo, un dialogue politique n'a de sens que s'il réunit l'ensemble des acteurs, sans distinction. Mais en plaidant pour la participation de la coalition AFC/M23 aux côtés des institutions, de l'opposition et de la société civile, l'ancien chef du gouvernement franchit une ligne rouge. Légitimer un groupe armé responsable d'exactions à l'est du pays au même titre que les acteurs républicains relève d'une cécité politique inquiétante. Prétendre vouloir sauver la nation tout en offrant une tribune politique à ceux qui la déstabilisent fragilise la position de l'opposition et brouille son message auprès de la population congolaise.

La délocalisation et la médiation : le rejet des institutions de la République

L'exigence de Matata Ponyo quant à la neutralité du processus va plus loin. En réclamant une médiation confiée exclusivement à l'Église catholique (CENCO) et à l'Église protestante (ECC), combinée à une délocalisation des assises hors de Kinshasa pour des raisons de sécurité, l'opposant exprime une défiance totale envers les structures étatiques nationales. Bien que les craintes en matière de libertés politiques soient réelles, délocaliser le débat national à l'étranger revient à admettre l'incapacité des Congolais à régler leurs différends sur leur propre sol. Cette posture d'auto-exclusion indirecte sert davantage d'intermédiaire pour justifier un refus de participer que de levier pour des négociations constructives.

La bataille du texte constitutionnel et l'appel à la rue

Sur le plan institutionnel, la méfiance atteint son paroxysme face aux initiatives du pouvoir en place. Alors que se profile l'examen d'une proposition de loi sur le référendum, l'ancien Premier ministre y voit la confirmation d'une volonté d'établir un troisième mandat pour Félix Tshisekedi par la modification des articles verrouillés de la Constitution. Pour contrer ce qu'il qualifie de « monologue », Matata Ponyo et ses alliés du regroupement C604 appellent à la mobilisation populaire le 15 septembre devant le Palais du Peuple. L'appel à la rue devient ainsi l'ultime recours d'une opposition qui se dit privée de canaux de concertation équitables.

L'intervention d'Augustin Matata Ponyo illustre le fossé d'incompréhension qui sépare le pouvoir et l'opposition en RDC. En posant des préalables maximalistes et en agitant le spectre d'une révision constitutionnelle partisane, l'ancien Premier ministre s'enferme dans une rhétorique d'affrontement. La recherche d'un compromis républicain exige des concessions des deux côtés ; sans cela, la quête du dialogue risque de demeurer un vœu pieux au détriment de la stabilité du pays.

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