L'État pompier et la politique de l'urgence : La RDC face au piège de la réaction post-tragédie

 

(Salle de fête Panacée à Kinshasa - Source de la photo: TOP Congo)



Après l'incendie mortel survenu lors d'un mariage à Kinshasa, le gouvernement ordonne des contrôles tardifs, illustrant une gouvernance réactive incapable d'anticiper les risques sécuritaires majeurs.

 

La tragédie de trop et l'illusion des mesures d'urgence

 

« Gouverner, c’est prévoir », rappelle la maxime politique classique. Pourtant, en République démocratique du Congo, l'action publique semble inexorablement condamnée à l'impuissance de l'après-coup. Le récent drame de la salle de fête Panacée à Kinshasa, où la célébration d'un mariage s'est transformée en brasier mortel, en offre une illustration poignante. Face à l'émoi national, le Vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, s'est empressé d'ordonner un contrôle systématique de toutes les salles de spectacle et d'événements à travers la capitale.

 

Si cette décision paraît salutaire au premier abord, elle soulève une interrogation fondamentale : pourquoi attendre que des vies soient fauchées pour exiger le respect des normes élémentaires de sécurité incendie ? Ces annonces spectaculaires, faites sous le coup de l'émotion et sous la pression médiatique, s'apparentent davantage à une opération de communication politique qu'à une véritable stratégie d'assainissement urbain et de protection civile.

 

Le cercle vicieux du contrôle punitif sans lendemain

 

Ce schéma prévisible est devenu la marque de fabrique de la gestion publique locale : tragédie, indignation, commissions d'enquête et fermetures temporaires d'établissements. Cependant, quelques semaines après l'extinction des projecteurs, le naturel revient au galop. L'absence d'une inspection régulière, renforcée par la corruption systémique où des permis d'exploitation sont délivrés à des bâtiments dépourvus d'issues de secours ou d'extincteurs fonctionnels, rend ces mesures réactives totalement inefficaces sur le long terme.

 

Les salles de fêtes kinois, souvent construites dans la précipitation et nichées au cœur de quartiers résidentiels enclavés, manquent de plans d'évacuation clairs et de dispositifs de prévention adéquats. Sans un suivi rigoureux et continu, les fermetures administratives d'aujourd'hui deviendront les autorisations de réouverture de demain, maintenant le risque à un niveau critique.

 

La sécurité des personnes et des biens ne peut être gérée au coup par coup, au gré des faits divers poignants. Pour rompre avec cette culture du « sapeur-pompier », les autorités congolaises doivent passer d'une posture de réaction théâtrale à une véritable culture de la prévention et du contrôle continu. Cela exige la modernisation des services de protection civile, la formation obligatoire des gérants d'espaces publics et la tolérance zéro face à la complaisance administrative. Gouverner la RDC exige d'anticiper le danger avant que la mort ne vienne une fois de plus rappeler à l'État ses devoirs manqués.■

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